Les langues romani ne constituent pas une seule langue, mais une vaste famille de plus de 60 dialectes très divergents. Parlés par plus de trois millions de personnes dans le monde, ils appartiennent fermement à la branche indo-aryenne de l’arbre linguistique, partageant de profondes racines génétiques avec des langues indiennes comme l’hindi et le bengali. Alors que la plupart des gens considèrent le romani comme une langue exclusivement européenne, son histoire commence en Inde, avec des migrations commençant dès le 9e ou 10e siècle.
D’où vient le romani et comment s’est-il répandu ?
Les preuves linguistiques et historiques indiquent que l’Inde est la patrie ancestrale des Roms. Les locuteurs des dialectes Domari apparentés se sont probablement installés dans le monde arabe quelques siècles plus tard, vers les XIIIe et XIVe siècles. Dans la seconde moitié du XXe siècle, des communautés roms se sont établies sur tous les continents habités. Aujourd’hui, on estime qu’un million de personnes d’origine rom vivent aux États-Unis et 800 000 autres au Brésil.
Il est facile de supposer que le romani étant parlé en Europe, il est issu des langues européennes. Ce n’est pas le cas. La structure de base est indienne. Même en Inde, la communauté nomade Banjara revendique une parenté linguistique entre sa propre langue (Lamani/Lambadi/Gor-Boli/Banjari) et le romani, prouvant que le lien est plus ancien que la diaspora européenne.
Quels groupes dialectaux existent en romani ?
Les chercheurs débattent depuis des siècles sur la manière de classer ces dialectes. Franz von Miklosich, un érudit slovène du XIXe siècle, les a initialement classés en 13 groupes en fonction de leurs langues de contact, comme le grec, le roumain et le hongrois. Plus tard, Bernard Gilliat-Smith a simplifié cela en groupes Vlax et non-Vlax.
La linguistique historique actuelle, affinée par des chercheurs comme Ian Hancock et Yaron Matras, identifie cinq groupes dialectaux de rang égal :
- Vlax (le plus répandu et numériquement le plus grand)
- Balkans
- Centrale
- Nord-Est (Baltique-Nord de la Russie)
- Nord-Ouest (allemand-scandinave)
Plus plusieurs dialectes isolés. Le nom de chacun reflète souvent la langue locale qui l’a influencé, mais la grammaire sous-jacente reste obstinément indienne.
Comment fonctionne la grammaire romani par rapport aux langues indiennes ?
La grammaire romani est structurellement analogue aux langues indiennes modernes. Il comporte :
– Deux nombres (singulier, pluriel)
– Deux genres
– Trois ambiances
– Trois cas (sujet, oblique, vocatif)
– Trois personnes
– Cinq temps (présent, imparfait, parfait, plus-que-parfait, futur)
L’ordre des mots est principalement verbe-objet (VO), bien qu’il passe au verbe-sujet (VS) dans les actions continues ou au sujet-verbe (SV) dans les énoncés contrastifs. On pense que les mots Rom (qui signifie « homme, mari ») et Romany dérivent du sanskrit doma-.
L’une des caractéristiques les plus uniques est la division de son vocabulaire. Le romani a deux paradigmes grammaticaux liés à des origines lexicales différentes :
- Lexique thématique (ou ikéoclitique) : mots d’origine indienne centrale et nord-ouest, ainsi que des adoptions du persan, du kurde, de l’ossète, du géorgien, de l’arménien et du grec byzantin.
- Lexique athématique (ou xénoclitique) : mots des langues grecques, slaves, roumaines, hongroises, allemandes et autres langues européennes ultérieures.
La différence est flagrante : kam-av (thématique) et vol-iv (athématique) signifient tous deux « J’aime », mais ils se comportent différemment dans la phrase.
Les systèmes de consonnes racontent également une histoire. Les voyelles et les consonnes sont clairement dérivées du sanskrit. Certains changements reflètent les langues indiennes modernes, tandis que d’autres préservent des caractéristiques archaïques, comme les groupes initiaux dr- et tr- et le groupe médian complexe st[h]. Les consonnes rétroflexes indo-aryennes ont disparu, remplacées par des fricatives et affriquées slaves.
Pourquoi le romani n’est-il pas historiquement écrit ?
Pendant des siècles, la plupart des locuteurs du romani n’ont pas eu accès à l’alphabétisation. Certains sont restés consciemment analphabètes, tant en romani que dans les langues nationales environnantes. Ce n’était pas de l’ignorance ; c’était une protection. La langue servait d’argot, un code secret qui protégeait la culture rom des influences étrangères.
Les pratiques traditionnelles du mode de vie des Roms étaient souvent mal vues par les communautés voisines, conduisant à des persécutions. Garder la langue orale et cachée était une stratégie de survie. Une riche tradition orale comble le vide laissé par l’absence d’écriture.
Comment le romani est-il enseigné et préservé aujourd’hui ?
Les choses ont changé à mesure que les Roms ont commencé à participer aux affaires internationales. Après avoir été représenté au Conseil économique et social des Nations Unies en 1979, la planification linguistique est devenue une priorité. Une commission de normalisation orthographique et linguistique affiliée à l’Union internationale romani a pris forme.
Le romani possède désormais une littérature croissante, écrite par des auteurs roms et non roms. Il apparaît dans les périodiques et les médias audiovisuels. Au XXe siècle, plusieurs pays d’Europe de l’Est ont publié des poèmes et des contes populaires en romani en utilisant leurs écritures nationales. Aujourd’hui, le romani et le domari sont documentés en ligne à travers des descriptions linguistiques et des enregistrements audiovisuels, avec des sites Web dédiés et des groupes d’intérêt soutenant la communauté.
La langue a survécu non seulement grâce à sa structure, mais aussi grâce au secret, à l’adaptabilité et à une volonté tardive mais déterminée de visibilité. Que vous soyez un étudiant retraçant ses racines, un parent curieux du patrimoine ou un apprenant permanent fasciné par la dérive linguistique, le romani offre une fenêtre concrète sur la façon dont les langues migrent, changent et perdurent à travers les continents.




















