Le sénateur Josh Hawley (R-Mo.) a présenté une législation visant à interdire la mifépristone, un médicament approuvé par la FDA et utilisé dans l’avortement médicamenteux, invoquant des problèmes de sécurité non fondés et des données douteuses. Le projet de loi visant à protéger les femmes contre l’avortement chimique vise à révoquer l’approbation du médicament, vieille de 26 ans, et à exposer les fabricants à des poursuites judiciaires de la part d’individus prétendant avoir subi un préjudice. Cette décision intervient alors que l’avortement médicamenteux – utilisant la mifépristone et le misoprostol – représente désormais plus de 63 % de tous les soins liés à l’avortement aux États-Unis, en particulier depuis l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade.

Allégations trompeuses en matière de sécurité

Les efforts de Hawley s’appuient en grande partie sur un rapport non évalué par les pairs du Centre d’éthique et de politique publique (EPPC), un groupe de réflexion conservateur. L’EPPC affirme que près de 11 % des femmes subissent des événements indésirables graves après un avortement à la mifépristone, notamment une septicémie, une infection et une hémorragie. Cependant, les experts dans le domaine rejettent ces résultats en les qualifiant de « science indésirable ». Des décennies de recherches évaluées par des pairs montrent systématiquement que des complications graves surviennent dans moins de 1 % des avortements médicamenteux.

Le sénateur a qualifié à plusieurs reprises la mifépristone de « intrinsèquement dangereuse » et de « totalement non réglementée », ignorant le processus d’approbation rigoureux de la FDA et des décennies d’utilisation sûre par des millions de personnes. Au lieu de s’attaquer aux abus coercitifs dans les relations (où les partenaires peuvent imposer des médicaments aux autres), le projet de loi de Hawley cible les médicaments eux-mêmes.

Motivations politiques

Le projet de loi fait face à une bataille difficile au Sénat, où les Républicains ne détiennent que 53 sièges sur 100. Cependant, le soutien de personnalités influentes comme le sénateur John Cornyn (Républicain du Texas) indique un effort déterminé pour restreindre l’accès à l’avortement. Le moment n’est pas accidentel : les défenseurs de l’avortement sont frustrés par la lenteur de l’administration Trump dans l’examen par la FDA de l’innocuité de la mifépristone, retardant l’action jusqu’après les élections de mi-mandat de 2026.

Cette poussée reflète une tendance plus large au sein du mouvement anti-avortement, qui considère l’avortement médicamenteux comme le principal obstacle à une interdiction totale. La possibilité d’obtenir des pilules abortives par télésanté, désormais utilisée dans 25 % des cas aux États-Unis, complique encore davantage les restrictions au niveau des États. Hawley a déjà tenté d’interdire l’envoi de pilules abortives et a fait pression sur la FDA pour qu’elle reconsidère son approbation sur la base d’affirmations discréditées similaires.

Le contexte plus large

L’accent mis sur la mifépristone met en évidence un changement stratégique au sein du mouvement anti-avortement. Les avortements chirurgicaux étant de plus en plus restreints dans de nombreux États, la pilule est devenue la cible privilégiée. Il ne s’agit pas de protéger la santé des femmes, comme le prétend Hawley ; il s’agit d’éliminer complètement l’accès à l’avortement.

Le recours à des données non vérifiées et le mépris du consensus scientifique soulignent la motivation idéologique derrière cette législation. Malgré les faits, les efforts visant à interdire la mifépristone se poursuivront aussi longtemps que les intérêts politiques donneront la priorité à la restriction de l’avortement plutôt qu’à la santé publique et aux preuves médicales.

Le débat sur la mifépristone est un microcosme de la lutte plus large pour les droits reproductifs en Amérique, où les agendas politiques l’emportent souvent sur la rigueur scientifique.