Après des années d’adoption rapide, les districts scolaires du pays entrent dans une nouvelle phase avec la technologie éducative (edtech) : une réévaluation critique des outils existants. Poussés par le resserrement des budgets, les préoccupations croissantes en matière de temps d’écran et la demande de résultats démontrables, les dirigeants passent du simple achat d’outils à la prouver leur valeur.

Le passage du volume à la valeur

Pendant une grande partie de la dernière décennie, les achats de technologies électroniques ont souvent donné la priorité à la nouveauté plutôt qu’à la nécessité. Les districts testeraient de nouvelles plateformes prometteuses d’engagement ou de personnalisation, les ajoutant à des écosystèmes déjà encombrés avec peu d’évaluation à long terme. Cette approche n’est pas viable, d’autant plus que le financement fédéral en période de pandémie se tarit. Les districts sont désormais confrontés à des pressions pour justifier chaque investissement technologique en démontrant un retour clair sur l’impact pédagogique.

Le changement clé est une évolution vers un approvisionnement basé sur les besoins. Plutôt que de commencer par des démonstrations de fournisseurs, les districts identifient désormais des lacunes d’apprentissage spécifiques et puis recherchent des outils capables d’y remédier. Comme l’explique Erin Mote, PDG d’InnovateEDU, la question est passée de « Est-ce que ça a l’air cool ? à “Est-ce que ça marche?”

Suivi de l’utilisation et élimination des déchets

Pour évaluer la valeur, les districts exploitent des analyses détaillées fournies par des plateformes telles que ClassLink et Clever, qui suivent l’utilisation des outils par les élèves et les enseignants. Ces données révèlent des « licences zombies » : des abonnements renouvelés malgré une utilisation minimale.

Des districts comme les écoles publiques de Joliet dans l’Illinois examinent les données d’utilisation chaque année, ainsi que les commentaires d’un comité technologique. Si un outil n’est pas utilisé ou s’il existe une meilleure alternative, les dirigeants posent des questions difficiles.

Cependant, l’utilisation seule ne suffit pas. Les districts évaluent également les coûts, la redondance et l’alignement sur les objectifs pédagogiques. De nombreuses écoles ont superposé de nouveaux outils pendant la pandémie, créant ainsi des flux de travail fragmentés. La priorité est désormais à la simplification : remplacer plusieurs outils autonomes par des plateformes intégrées, quitte à sacrifier certaines fonctionnalités de niche.

La difficulté de mesurer l’impact

Déterminer si l’edtech améliore réellement l’apprentissage reste un défi majeur. Le domaine est trop vaste – couvrant les systèmes de gestion de l’apprentissage, les plateformes mathématiques spécialisées et les outils de communication – avec des objectifs et des mesures variables.

Comme le souligne Naomi Hupert de l’Education Development Center, c’est comme se demander si les « livres » fonctionnent. La réponse dépend du livre spécifique, du contexte et de la manière dont il est utilisé. Les districts doivent rassembler les données des fournisseurs, des études pilotes, des commentaires des enseignants et des recherches externes, qui souvent ne concordent pas parfaitement.

Jason Schmidt du district scolaire de la région d’Oshkosh décrit son approche comme « faire confiance mais vérifier », soulignant la nécessité d’une contribution directe des enseignants parallèlement à l’analyse des fournisseurs. Même dans ce cas, les résultats peuvent être inégaux ; un outil peut impliquer certains étudiants mais pas d’autres.

Vers un cadre de qualité

Pour relever ces défis, une coalition d’organisations, dont 1EdTech, Digital Promise et CoSN, développe un cadre de qualité partagé construit autour de cinq indicateurs : sécurité, preuves, inclusivité, interopérabilité et convivialité. L’objectif est de réduire la confusion et d’aider les districts à prendre des décisions éclairées. L’initiative comprend un répertoire prévu de validateurs approuvés et une plateforme centrale pour les éducateurs à la recherche d’outils de haute qualité.

Les choix difficiles qui nous attendent

La partie la plus difficile de la réévaluation est souvent d’abandonner les outils. Ces décisions peuvent perturber les routines de la classe, les préférences des enseignants et même les résultats des élèves. Les districts associent ces choix à un développement professionnel, à une communication claire et à un engagement communautaire afin de minimiser les perturbations.

L’avenir de l’edtech ne sera pas défini par le nombre d’outils utilisés mais par la façon dont ils seront choisis de manière réfléchie. Les districts s’orientent vers une approche plus intentionnelle, alignant les décisions technologiques sur des objectifs pédagogiques clairs et poussant les fournisseurs à démontrer un impact mesurable.

Ce changement ne consiste pas seulement à réduire les coûts ; il s’agit de garantir que l’edtech sert réellement les étudiants et les enseignants, plutôt que de simplement ajouter une autre couche de complexité à la salle de classe.