Lorsque vous vous levez rapidement d’une position assise, votre corps réalise une prouesse d’ingénierie en une fraction de seconde. Pour éviter de vous évanouir, votre tension artérielle doit s’ajuster instantanément pour compenser le changement soudain de posture. Pendant des décennies, la science a attribué ce réflexe presque entièrement aux barorécepteurs, des capteurs situés dans les artères qui signalent au cerveau de contracter les vaisseaux sanguins.

Cependant, une étude récente publiée dans Nature a révélé une pièce manquante à ce puzzle physiologique : un réseau de neurones mystérieux situés directement dans le cœur et qui jouent un rôle essentiel dans le maintien de la tension artérielle.

La découverte des neurones PIEZO2

Dirigés par le neuroscientifique moléculaire Stephen Liberles de l’Université Harvard, les chercheurs ont étudié une protéine spécifique appelée PIEZO2. Cette protéine agit comme un transducteur mécanique, convertissant la pression physique exercée sur les membranes cellulaires en signaux nerveux électriques.

En étudiant des souris, l’équipe a découvert que les neurones exprimant PIEZO2 s’enroulent autour des quatre cavités cardiaques dans des structures complexes ressemblant à des toiles. Surtout, ces mêmes types de neurones ont été identifiés dans le cœur humain, ce qui suggère que ce mécanisme est fondamental pour la survie des mammifères.

Comment le cœur « ressent » le volume sanguin

Pour déterminer la fonction de ces neurones, l’équipe de recherche a utilisé une combinaison de surveillance en temps réel et d’interventions biologiques ciblées. Leurs découvertes ont changé notre compréhension de la façon dont le corps gère la stabilité circulatoire :

  • Réflexes posturaux : Les souris en bonne santé peuvent ajuster instantanément leur fréquence cardiaque lorsqu’elles sont déplacées d’une position horizontale à une position verticale.
  • L’impact de la perte : Lorsque les chercheurs ont utilisé une toxine pour éliminer sélectivement les neurones PIEZO2 du cœur, les souris ne pouvaient plus réguler leur tension artérielle, la faisant chuter pendant le mouvement.
  • Réponse rapide à l’hémorragie : En cas de perte de sang, ces neurones cardiaques réagissaient beaucoup plus rapidement que les barorécepteurs artériels. Cela suggère que pendant que les artères surveillent la pression, ces neurones cardiaques fournissent un signal direct et à grande vitesse concernant le volume sanguin.

Un système de régulation à deux niveaux

L’étude suggère que le corps ne repose pas sur un seul capteur, mais plutôt sur un réseau de communication sophistiqué à plusieurs niveaux.

Alors que le cerveau reçoit un aperçu général de la pression artérielle des artères, il semble s’appuyer sur ces capteurs cardiaques nouvellement identifiés pour les mises à jour haute fidélité. Cela permet au système cardiovasculaire de réagir avec précision aux changements rapides du volume sanguin, comme un saignement soudain ou des changements rapides de gravité.

“Les auteurs concluent que les neurones exprimant PIEZO2 sont nécessaires pour maintenir la pression artérielle et assurer la survie en cas de déplétion du volume sanguin”, note Ardem Patapoutian, biologiste moléculaire lauréat du prix Nobel.

La carte inexplorée du système circulatoire

Malgré cette avancée, la cartographie du système nerveux cardiovasculaire reste incomplète. Les chercheurs ont identifié au moins six types distincts de neurones dans le système circulatoire, mais les fonctions spécifiques de trois d’entre eux restent un mystère.

Cette découverte ouvre de nouvelles portes pour comprendre la régulation cardiovasculaire et pourrait éventuellement conduire à des traitements plus sophistiqués des troubles de la tension artérielle et des syndromes d’évanouissement.


Conclusion : En identifiant les neurones PIEZO2 dans le cœur, les scientifiques ont découvert un « système d’alerte précoce » vital qui fonctionne aux côtés des capteurs artériels pour stabiliser la pression artérielle. Cette découverte met en évidence à quel point notre logique de régulation interne reste à cartographier.