Les étudiants du secondaire sont aujourd’hui confrontés à un paysage professionnel particulièrement turbulent. Après des années de perturbations liées à la pandémie et d’évolution technologique rapide – en particulier l’essor de l’intelligence artificielle – nombreux sont ceux qui se sentent perdus alors qu’ils se préparent à entrer sur un marché du travail qui ne ressemble guère à celui de leurs parents. Même si certaines enquêtes suggèrent que la génération Z se sent plus préparée que les générations précédentes, un sentiment omniprésent de pessimisme persiste, alors que les jeunes luttent pour trouver des voies claires à suivre.

La question est : l’IA elle-même peut-elle aider les étudiants à traverser le chaos qu’elle crée ? Jusqu’à présent, la réponse est pour le moins mitigée.

Le problème de l’IA « utile »

Lily Hatch, élève du lycée Wake Forest en Caroline du Nord, illustre parfaitement le problème. Après qu’un quiz sur les carrières lui ait suggéré la dermatologie, elle s’est tournée vers un chatbot IA pour obtenir des conseils. Au lieu de recommandations universitaires pertinentes, le robot s’est tourné vers des détails non pertinents, comme suggérer l’Université de Caroline du Nord à Wilmington parce qu’elle se trouve à proximité d’une plage.

Ce faux pas apparemment inoffensif met en évidence un défaut crucial : les outils d’IA actuels manquent souvent de la nuance et du contexte nécessaires à une orientation professionnelle efficace. Ils peuvent offrir des informations, mais pas nécessairement des informations utiles. C’est important car les étudiants sont déjà submergés par l’incertitude. De mauvais conseils d’un outil d’IA pourraient renforcer le scepticisme quant à l’avenir, les conduisant à abandonner complètement la planification à long terme.

Des systèmes tendus : les conseillers sous pression

La demande d’orientation professionnelle augmente à une époque où les ressources sont limitées. Le chômage des jeunes augmente, les résultats de préparation à l’université diminuent et les deux tiers des parents souhaitent davantage de formation professionnelle dans les écoles. Pourtant, les conseillers sont souvent contraints de choisir entre des conseils académiques, un soutien émotionnel et une orientation professionnelle, tout en étant confrontés à un grave épuisement professionnel et à un manque de personnel chronique.

L’American School Counselor Association recommande un ratio d’un conseiller pour 250 élèves. En réalité, de nombreux États sont loin d’être à la hauteur : la Géorgie compte 378 étudiants par conseiller, le Michigan 573 et l’Arizona 645. Cette pénurie oblige les écoles à considérer l’IA comme une solution potentielle, même si son efficacité n’est pas prouvée.

Les promesses et les pièges des plateformes de conseil en IA

Des entreprises comme EduPolaris AI, avec sa plateforme « Eddie », se lancent dans le vide. Eddie, testé dans les lycées Title I, prétend amplifier le travail des conseillers humains en suivant les progrès des élèves (comme l’achèvement des lettres de référence) et en fournissant des informations basées sur des données. Il est même répertorié comme ressource d’IA recommandée par des organisations telles que la Homeschool Association of California et, étonnamment, la Maison Blanche.

Cependant, le scepticisme demeure. Certains conseillers craignent que le fait de confier des tâches à l’IA ne fasse qu’exacerber le problème des faibles scores de préparation à la carrière. D’autres suggèrent que l’IA pourrait libérer du temps pour des interactions plus significatives entre étudiants, mais seulement si elle est utilisée de manière stratégique.

Le contact humain compte toujours

Le conseiller scolaire du Vermont, Ian Trombulak, doute que l’IA puisse reproduire la valeur d’un conseiller humain. Il souligne l’importance des conversations ouvertes, permettant aux étudiants d’explorer leurs passions et de constituer un capital social essentiel.

“Je suis presque là comme un miroir”, dit Trombulak, décrivant son rôle de caisse de résonance plutôt que de source directive de conseils. Cette approche relationnelle est particulièrement cruciale dans un monde où les parcours professionnels traditionnels se dissolvent.

Les étudiants sont de plus en plus intéressés par des options non traditionnelles comme l’apprentissage, le service militaire et même par des carrières non conventionnelles comme l’influence sur les réseaux sociaux. Les conseillers doivent s’adapter à ces intérêts changeants, souvent en aidant les étudiants à créer des opportunités qui n’existent pas encore.

Le verdict : l’IA comme outil, pas comme substitut

En fin de compte, l’efficacité de l’IA dans l’orientation professionnelle dépend de la manière dont elle est utilisée. Des outils comme Eddie peuvent compléter les efforts humains, mais ils ne peuvent pas remplacer la compréhension nuancée et l’intelligence émotionnelle qu’un conseiller apporte.

Les étudiants comme Lily Hatch restent méfiants. Son expérience avec un chatbot a renforcé son scepticisme quant à la capacité de la technologie à offrir des conseils significatifs. Pour l’instant, elle estime que les étudiants devraient ralentir, moins s’appuyer sur l’IA et donner la priorité à la connexion humaine.

L’avenir de l’orientation professionnelle impliquera probablement une approche hybride : l’IA pour augmenter l’efficacité et les conseillers humains pour fournir l’empathie, le contexte et la pensée critique qui font encore défaut à la technologie.